Décompression de César
La semaine dernière, c’était les César. J’avais été très touché et surpris de recevoir une invitation. Soyons clairs, j’ai autant de relation dans le monde du 7ème art que Vincent Lagaff a de contacts à l’Académie Française.
Vendredi soir donc, j’enfile mon plus beau costume Discount, celui qui me fait ressembler à Massimo Gargia sans les séances d’UV, je noue ma cravate Jules avec la précision, la dextérité et la rigueur d’un proctologue Est-Allemand, je me parfume avec un échantillon d’eau de toilette bon marché trouvé dans un magazine féminin… Je suis « beau », je suis propre, on dirait que je vais passer un entretien d’embauche comme vendeur chez Tati. C’est les mains et le slip moites que je me présente devant le théâtre du Châtelet. Pour moi, pas de berline avec chauffeur. Je gare mon vieux scooter Peugeot entre la Ferrari de Gilles Lellouche et la Toyota Aygo rose de notre Ministre de la Culture. Allez savoir pourquoi, Frederic, notre beau Fredo, a toujours eu un faible pour les petites asiatiques…
Je salue les fans en délire. Tout à coup, la foule se met à crier. Visiblement, Mathilde saignait (et ce n’est même pas la pire vanne de ce billet). Je prends alors mon courage à deux mains, après tout j’ai mon BAFA, mon brevet de secourisme et mon premier flocon. Fausse alerte, il s’agit évidemment de Mathilde Seigner et de son compagnon : un cubi de Villageoise bien entamé. En rentrant dans le théâtre du Châtelet, Mathilde envoie un baiser à la foule… 85% des destinataires de ce baiser seront contrôlés positifs dans la soirée avec un taux d’alcoolémie supérieur à 2 grammes. Chapeau Mathilde !
Comme chaque année, on est en hiver, il fait 3°C et les actrices arrivent à moitié à poil dans des robes qui sont immettables par le commun des mortelles qui a déjà mangé du Nutella.
Soudain, un homme, étrange, m’apostrophe, me menace et m’insulte. Un SDF bourré ? Un malade mental ? Moundir ? Pas du tout, je viens de faire la connaissance de Mathieu Kassovitz et de sa rancœur ; oui dans ce genre de soirée il vaut mieux venir accompagner. Il crache sur le visage d’un fan, urine sur un membre de la sécurité et fait une brulûre indienne à son agent avant de pénétrer dans le théâtre.
Je suis alors surpris de croiser Susan Boyle. Je sais que Frederic Miterrand n’est pas un grand mélomane mais quand même ! Pourquoi l’a t-il invitée ? Je me rapproche et fausse alerte, il s’agit en fait de Catherine Deneuve boudinée dans une robe d’un jeune créateur qui avait surement dû travailler sur des photos d’elle de 1975. Non jeune homme, la Femme n’est pas comme une cuvée exceptionnelle de Saint-Emilion. Non elle ne se bonifie pas avec le temps, contrairement à moi, qui depuis ma sortie d’adolescence ingrate, n’a plus rien à envier à Brad Pitt et Will Smith…selon ma maman.
Je m’en vais rejoindre ma place. Nos petits noms sont marqués sur le dos de chaque fauteuil. Je m’approche et je suis ravi de voir que ma place se situe juste à côté de Jodie Foster. Une place initialement réservée à Christian Blachas… Quel veinard je fais. Merci CriCri de t’être désisté ! Jodie s’assoit, et sans doute un peu grisé par un champagne de mauvaise facture, le cœur branlant…seulement le cœur pour le moment…je me lance, avec mon anglais impeccablement approximatif, dans un hommage à Whitney Houston : « Aïe ouante tou phoque iou ! ».
Jodie me dévisage, je la sens troublée par cette proposition qu’aucune femme de la Rue St Denis ne pourrait refuser. Elle me répond alors dans un Français sans doute meilleur que le mien quelque chose du style « Va te faire foutre gros enculé. Je te merde ! Si tu croises mon regard encore une seule fois où si tu m’adresses la parole, je te saigne à vif sale ordure ! »… Quel vulgarité ces américains… Et puis d’abord on dit « je t’emmerde… connasse ».
Je décide de faire un tour de salle et je croise JoeyStarr. Je le salue poliment d’un « Wesh ma gueule, bien ou bien ?! ». Il me répond poliment d’un coup de boule.
Après un bref coma, je me relève, essuie le sang qui avait séché autour de mon nez avec le nœud papillon démesurément grand de Beigbeder, et je retourne, titubant, à ma place… tout comme Gérard Depardieu d’ailleurs, mais pas pour les mêmes raisons.
Et là ça commence. Une cérémonie où le cinéma français s’envoie les fleurs que Hollywood, Bollywood, et la forêt de Sherwood refusent de lui envoyer. Même une petite dizaine de roses par Interflora. Comme chaque année des gens connus remettent des prix à des gens moins connus qui eux remercient de parfaits inconnus pendant 2 plombes.
« Merci… [Reniflement] Merci à tous pour ce César de la Meilleure scène de nu dans un biopic ! Mais il y a quelqu’un que j’aimerais remercier tout particulièrement [Re-Reniflement]… Il s’agit de Madame Gouyou professeur de Français au Lycée Herbert Léonard… Elle m’avait dit que je ne ferais jamais rien dans la vie… Alors Gouyou JE TE PISSE A LA RAIE !! »
Et puis vu le nombre de réalisateurs et de producteurs dans l’assistance, les acteurs et actrices se lancent dans un concours de cabotinage. Cela se transforme rapidement en une séance Kleenex qui ferait chialer un gardien de Guantanamo.
« Ce prix du Meilleur Figurant Espoir en scène extérieur est un peu une revanche sur la vie ! J’ai perdu mes deux parents avant ma naissance… [Blablabla] J’ai quitté l’école en CE2… [Blablabla] Violé en colonie de vacances… [Blablabla] L’alcool et la drogue… [Blablabla] Ma femme partie avec Jean-Michel Aphatie… [Blablabla] Arnaqué par Bernard Madoff et Christophe Rocancourt la même semaine… [Blablabla] MAIS avec ce prix je tiens ma revanche !! Je vous laisse je dois retourner à l’hôpital, y a deux jours on m’a diagnostiqué une deuxième Hépatite C! Merci et vive le cinéma !»
Mais il y a pire que les discours larmoyants inter-minables, il y a les discours des remettants. Mais si, ceux qui sont payés une blinde pour dire 3 phrases et tendre la compression de César à son destinataire. Mission pour le moins facile à première vue… et ils arrivent quand même à se foirer en piquant les jeux mots de Tex et les talents d’acteurs de Nikos (ou inversement)!
« Je suis ici pour remettre le César du meilleur montage… Et c’est étrange que je ne sois pas nommé dans cette catégorie ! J’ai pourtant monté 3 meubles Ikéa cette année !
[Silence gêné dans l’assistance sauf Mathilde et Gérard qui sont morts de rire] »
La cérémonie touche à sa fin. Je vais féliciter Jean Dujardin. Je lui dis que, finalement, il n’est jamais aussi bon que quand il ferme sa gueule, et lui demande s’il pourra m’envoyer par MMS une photo de George Clooney. Visiblement, le succès lui est monté à la tête. Son poing est monté jusqu’à la mienne.
Je suis alors rentré chez moi… Sans statuette, sans Leila Bekthi, ni Charlotte Lebon, qui ont préféré rejoindre une partie fine avec Guillaume Canet et Romain Duris. Guillaume Canet..mais qu’a-t-il de plus que moi ? Sa petite bouille de cocker malicieux ? Moi aussi je peux faire le chien… Sa barbe faussement négligée ? Moi aussi je néglige certaines parties pileuses de mon corps…
Je suis rentré chez moi, en métro… Mon scooter ayant été compressé et peint couleur or pour être offert en urgence à Mathieu Kassovitz qui refusait de quitter la cérémonie les mains vides. Bordel… plus que 8 mensualités et j’avais fini de le payer ce scooter…
Je suis rentré chez moi…, sans star certes mais avec Edmond…Edmond qui voulait vraiment tenir un autre manche que celui de son parapluie ce soir.
Une soirée banale, mais j’espère que Blachas me laissera encore sa place pour l’an prochain.
Et finalement, je m’endors en regardant la cérémonie des Oscar (c’est comme les Césars mais qui auraient été racheté par des qataris), en demandant « Qui décrochera l’Oscar de la Hoya cette année ? »… je crois que j’ai trop bu !
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